HITLER ET LES LIVRES

 

Hitler ne se contentait pas de brûler les livres, mais en lisait aussi beaucoup. Avec boulimie même, à en croire un article paru dans le quotidien espagnol en ligne El Pais [1] du 16 février, qui a vu dans le choix des lectures du Furher, l’expression même de sa personnalité. Ainsi d’après l’auteur de l’article, Jacinto Anton, Hitler, n’aurait cherché à retenir de ses lectures que ce qui pouvait apporter de l’eau au moulin de ses propres idées. Lui-même, s’en justifiera dans Mein Kampf en écrivant que « Lire n’est pas une fin en soi, mais un moyen ». Le futur chancelier ne lisait donc pas par plaisir, mais par intérêt, choisissant dans ses lectures de quoi le conforter dans ses opinions, « Je ne retiens des livres que ce dont j’ai besoin » se plaisait-il également à dire. D’ailleurs Hitler n’aimait pas grand monde non plus, exception faite peut-être pour Eva Braun et sa chienne Blondie envers les quelles toutefois ses sentiments conservaient quelque chose de venimeux, toujours d’après le journaliste. Une telle personnalité ne pouvait donc pas pas receler l’âme d’un vrai bibliophile. Pourtant, comme le faisait remarquer en son temps l’un de ses amis de jeunesse, à son arrivée à Vienne, la pauvreté et quatre caisses pleines à craquer de livres, furent ses seules viatiques. Plus tard à Munich, entre un discours et une harangue dans une brasserie, Hitler dit-on passait son temps à lire. De plus, le goût de la lecture lui serait venue dans les tranchées de la guerre de 14–18, un goût qu’il ne perdra semble-t-il jamais, jusqu’aux derniers jours du nazisme. Renfermé dans son bunker, trois livres de chevets se disputeront alors ses rares moments de détente, une histoire de la Svastika, un essai sur Parsifal, et un livre sur les prophéties de Nostradamus. Un essai paru en septembre 2008, sous la plume d’un auteur américain, Timothy Ryback, intitulé la « Bibliothèque privée d’Hitler », recense tous les ouvrages qu’Hitler conservait dans ses résidences privées, à Berlin, Munich et sa retraite de Berchtesgaden. Au total 16000 volumes, dont physiquement une seule partie a été conservé, notamment par la Bibliothèque du Congrès américain (1200 volumes) à Washington. Les recherches effectuées par le savant américain font remonter à 1942 la première description faite de ces collections. Les goûts éclectiques d’Adolf Hitler, même s’ils procédaient d’un tempérament plutôt porté au dilettantisme qu’à la recherche intellectuelle, n’en sont pas moins mis en évidence, et semblent témoigner d’un esprit tout aussi curieux. En 1915, Hitler par exemple aurait ainsi acheté en France un guide touristique de Berlin. Les fondements idéologiques de son antisémitisme à venir, c’est l’auteur raciste Dietrich Eckart qui les lui fournira, avant de devenir jusqu’à sa mort en 1923 son mentor. D’après le chercheur américain, ou pouvait en fait trouver toutes sortes de livres dans ces collections, comme Don Quichotte, La Case de l’Oncle Tom, la correspondance de Frédéric Le Grand, la Bible, une Histoire de la Marine allemande, Robinson Crusoé, des ouvrages d’occultisme et de spiritisme, des ouvrages anti sémites comme le « Juif International » d’Henry Ford, un traité sur les empoisonnements au gaz, les romans d’aventures de l’auteur allemand Karl May qui ont pour décor le far West américain, ou encore les œuvres complètes de Shakespeare traduites en anglais, et dont son personnage préféré sera Jules César, la bande dessinée de Wilhelm Bush « Max und Moritz ». Ce qui n’a pas empêcher Hitler d’avoir été à l’origine de l’un des deux plus grand désastre que l’Europe ait jamais connu.

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